La “ligne Buffet”

En pleine crise, le Parti communiste tiendra son congrès en décembre prochain. La secrétaire nationale, Marie-George Buffet, compte garder la main.


Dessin Fañch Ar Ruz

Au PCF, personne ne se bouscule pour devenir secrétaire national ou candidat d’un parti en pleine crise. En revanche, l’enjeu des multiples contributions en vue du prochain congrès est de savoir comment sauver le parti et ses 12 000 élus : est-ce encore possible ou nécessaire ? À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle : la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, a publié une contribution personnelle de treize pages, qui a au moins le mérite de la clarté sur deux points essentiels : le but et la stratégie du parti.

L’ensemble se résume ainsi : « Le principe : battre la droite et gagner une alternative de changement implique nécessairement un rassemblement de la majorité de notre peuple se traduisant par l’élection d’une majorité de gauche […]. Nous devons dire clairement que notre objectif est une présidence de la République, une majorité, un gouvernement qui impulse une politique de gauche porteuse des grandes réformes transformatrices correspondant à notre temps. » Pour cela, « il faut disputer démocratiquement le pouvoir aux forces qui soutiennent le capital ». Et de proposer « une démocratisation des institutions », une « démocratie participative » et une « véritable démocratie sociale », en « donnant à la notion de lutte de classe son contenu contemporain ».

Ce socle étant établi, la secrétaire du PCF propose d’éviter la voie du renoncement au changement, « que ce soit par la participation à un gouvernement porteur d’une politique de renoncement ou par une attitude de repli contestataire ». Elle propose ainsi d’ouvrir partout des débats à la base. Enfin, elle tranche la question du dépassement du parti, en estimant que c’est le PCF « qui peut devenir le parti de cette ambition », à condition d’être « démocrate, efficace et ouvert », mais « sans structuration de courants organisés ».

Ainsi donc, Marie-George Buffet se lance dans la bagarre avec l’objectif de marginaliser les refondateurs qui, comme elle, souhaitent une majorité dans les institutions mais réclament la création d’une force plus large à la gauche de la gauche pour y arriver. On se souvient que certains en avaient fait, à un moment, la candidate unitaire des « antilibéraux ». En revanche, la secrétaire du PCF tend la main à ceux pour qui le maintien du PCF est essentiel, en tout cas pour le moment, que ce soient les partisans de Robert Hue ou les anciens amis de Georges Marchais, mettant les nostalgiques (Pas-de-Calais, Vénissieux…) dans une situation embarrassante.

En fait, le débat dans le PCF ne porte pas sur le fait d’aller au pouvoir par des majorités électorales et dans le cadre des institutions, mais sur le degré d’autonomie par rapport au PS, sur le rôle du mouvement social, et sur le type d’alliances capables de peser sur le PS. Il est d’ailleurs caractéristique que, dans son texte, Marie-George Buffet ne cite quasiment jamais le PS et la LCR en tant que tels, alors qu’ils sont présents dans toutes les têtes. Un débat à suivre qui nous concerne tous.

Alain Krivine

Rouge n° 2261, 17/07/2008

Un commentaire pour “La “ligne Buffet””

  1. ichlo dit :

    C’est un peu toujours le problème de “l’un qui utilise l’autre et l’autre qui compte sur l’un”…

    L’heure n’est plus aux palabres, à savoir si la gauche doit poursuivre son orientation libérale au préfixe de ce que tu voudras (néo – post – conformo) ou aurait plutôt intérêt à se positionner fermement contre ce capitalisme qu’elle a toujours prétendue combattre sans jamais réellement parvenir à cette fin historique que serait l’abolition de ce système de production mercantile, élitiste et inégalitaire – il y a bien eu celle de l’esclavagisme alors pourquoi pas celle du capitalisme après tout ? - ; l’heure est à la mobilisation et au rassemblement révolutionnaire dont la politique a aujourd’hui besoin, à cette ferme conviction qu’une gauche issue ou encore ancrée au libéralisme ne sera dans ses positions idéologiques et ses orientations partisanes jamais suffisamment placée à gauche pour combattre efficacement cet univers droitier post yaltiste ou schengennien qui finit par morceler jusqu’en son ventre le plus mou la prétendue manière de gouverner à gauche.

    Au mieux de prouver que la démocratie ne pouvait se contenter de danser sur une jambe, l’accentuation des pôles militants se permet d’espérer dorénavant plus qu’un hypothétique droit à l’existence, à savoir un devoir d’intervention !

    Cette base politique aux allures de nouveau-né tant sa fragilité provoquée par l’habituel écrasement du Parti Socialiste joue pourtant les coudées franches et semble décidée à poursuivre la construction et l’élaboration d’une alternative en vue des élections à venir.

    Au programme casse sociale, services publics, précarisation de la main d’œuvre, emplois flottants et sévère remise en question du libéralisme allant jusqu’à situer le Parti Socialiste comme un appareil politique ne représentant rien d’autre qu’un parti de droite dans son fonctionnement.

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