Municipales - Notre rôle au sein des institutions
Lu sur Masses Critiques:
Municipales: la gestion contre la politique
Par C.M
Comme beaucoup, je me réjouis de la claque que la droite vient de prendre avec ces élections municipales. Bien sûr, je ne vais pas non plus me plaindre du maintien et des quelques reconquêtes du PCF ou de la poussée de la LCR. Mais je ne peux m’empêcher de me demander à quoi tout cela va-t-il servir politiquement. Au soir du premier tour, Marie Georges Buffet nous expliquait que les villes à direction communiste et les élus PCF étaient utiles pour soutenir « les hommes et les femmes » face aux mauvais coups de la droite et pour « changer la vie » au jour le jour. Olivier Besancenot, pour sa part affirmait que les élus LCR seraient des relais pour les luttes sociales au sein des institutions.
J’avais donc le choix entre une assistante sociale et un porte-voix. Je ne nie pas l’importance d’améliorer la vie quotidienne ou de soutenir les mouvements sociaux. Mais j’attendais de la gauche radicale qu’elle utilise ces élections municipales pour porter un projet de changement de société globale et qu’elle le confronte, le connecte aux réalités locales et le pratique dans les territoires. Ne fallait-il pas profiter de ces élections pour faire de la politique, décortiquer les mécanismes de fonctionnement des pouvoirs, co-construire des stratégies afin que les citoyens se réapproprient le pouvoir politique et être à l’offensive sur les questions économiques et sociales afin de montrer que d’autres choix sont possibles ?
I) Mettre à nues les mécanismes des pouvoirs, conquérir des espaces de démocratie réelle.
Il était possible d’aborder cette campagne en refusant d’accepter sans broncher les règles du jeu et en invitant les citoyens à faire de même. Tordre le coup au préjugé largement partagé et entretenu qui présente la commune comme l’espace d’une démocratie véritable, de proximité, ouvrait la possibilité de montrer une toute autre réalité :
Un déficit global, pour ne pas dire une absence générale de démocratie.
Pouvoir exorbitant des maires, personnalisation du pouvoir, transferts de souveraineté vers de structures intercommunales non élues, fonctionnements opaques et complexes : On a plus affaire à un système féodal qu’à une démocratie.
Les conseils de quartier et autres structures mises en places dans le cadre de la « démocratie participative » donnent au mieux la possibilité de s’exprimer mais permettent surtout aux pouvoirs en place de communiquer et de se légitimer. Ne pouvant plus s’appuyer sur les partis politiques largement discrédités, ils tentent de fonder leur légitimité sur des groupes d’habitants servant de relais auprès de reste de la population pour faire passer des messages, accepter des décisions. Même si tout n’est pas à mettre sur le même plan et que certaines expériences sont allées plus loin, aucune d’entre elles n’a permis aux citoyens d’avoir un réel pouvoir sur les prises de décisions.
Enfin qu’en est-il des institutions publiques ? Sans réels moyens, bureaucratisées et parasitées par l’inflation de la procédure, elles perdent de vue l’intérêt des habitants. D’une certaine façon, elles jouent un rôle de contrôle social et de coercition contre les classes populaires. (Immobilisme et action culpabilisatrice des services sociaux, des bailleurs…)
Ce travail de démystification de la réalité de la démocratie locale pouvait permettre de construire et de porter des propositions pour une réelle démocratisation dans deux directions :
- La transformation de la démocratie représentative locale
Une représentation n’est démocratique que si elle est strictement limitée et contrôlée par l’ensemble des citoyens.
Revenir sur les prérogatives du maire, remettre en cause la séparation entre adjoints en charge de délégations importantes et conseillers municipaux sans responsabilité au profit d’un plus grand partage des tâches et d’une rotation régulière des responsabilités, non cumul et non renouvellement des mandats électifs :
tout un éventail de propositions pouvait nous servir à affirmer que le contrôle et la réalité de la représentativité dépendent du pouvoir politique réel que les citoyens possèdent sur leurs représentants et dans l’élaboration et la prise des décisions.
- La création de réels pouvoirs pour les citoyens.
Il s’agissait de démontrer qu’il existait un autre choix que l’acceptation et la participation à la gestion du système ou que son simple refus : celui de la politique comme action visant la maîtrise et l’exercice collectif des pouvoirs pour agir sur la réalité et la transformer dans tous les domaines et à tous les niveaux, local, national, international.
A l’échelle municipale, aller jusqu’au bout de ce parti pris impliquait plusieurs combats :
Relier la représentation politique aux citoyens et la placer sous leur contrôle, par un droit de saisie contraignante du conseil municipal sur les thématiques politiques déterminantes ou encore par la mise place d’un bilan de mandat régulier avec obligation de fournir toutes les informations nécessaires à l’évaluation de leurs action, avec une possibilité de mettre en marche des mécanismes de révocation en cas de non respect des engagements.
Promouvoir l’émergence de réels espaces d’autonomie citoyenne pour que les populations décident elles mêmes ainsi de la façon dont elles veulent intervenir sur l’espace public.
Faire en sorte que les citoyens définissent la politique budgétaire de leurs communes, de l’orientation, de la répartition et de hiérarchisation des dépenses publiques.
II) Faire le lien entre le renforcement de la démocratie et les enjeux économiques et sociaux.
Les choix économiques pèsent fortement sur l’état et l’évolution de la société comme sur la vie de chacun d’entre nous. Des pouvoirs démocratiques sans aucune prise ni contrôle sur ces choix sont inutiles…et ne sont donc pas des pouvoirs. Les citoyens et la classe populaire en particulier l’ont très bien compris. Les forts taux d’abstention sont là pour nous le rappeler. En suivant cette logique, il semblait incontournable d’articuler l’enjeu démocratique à la nécessité de l’extension de l’espace publique et de son appropriation collective par les citoyens. Cela aurait pu être l’occasion d’être à l’offensive sur les questions économique et sociales dans plusieurs directions :
mener le débat sur la refondation et l’extension des services publics en proposant la municipalisation de la gestion de l’eau, de toutes les entreprises privées à délégation de service public et un fonctionnement démocratique fondé sur la maîtrise et le contrôle collectif par les usagers et les salariés.
Faire ressurgir la question du travail et de la propriété dans le débat politique. Contre le sentiment de fatalité qui entoure la mondialisation capitaliste et la « désindustrialisation », une équipe municipale peut très bien encourager et privilégier la création d’entreprises coopératives sur son territoire. Pour cela, elle peut mener des combats pour réquisitionner les friches industrielles tout en aidant à ce que le débat sur la propriété privée et sur le sens et les finalités du travail prennent de l’ampleur, à ce que les citoyens s’en emparent. s’engager à défendre l’option d’une reprise de l’activité par les salariés eux même en cas de liquidation d’entreprise, de menace de délocalisation ou de licenciement économique, participerait de cette volonté de créer des perspectives et de passer d’une position défensive à une pratique politique offensive.
Encourager, soutenir et politiser toutes les tentatives « d’autogestion » économique, sociale, politique, culturelle », comme autant de brèches à relier à mettre en cohérence et en perspective.
Défendre l’appropriation citoyenne des sphères sociales et économiques nous permettrait de sortir de l’aspect abstrait du concept de démocratie et de le lier à la nécessité du dépassement du capitalisme. En ce sens des expériences locales concrètes à partir des ces orientations seraient à penser autant comme des points d’appui pour porter un projet politique alternatif au niveau national que comme des marques d’un travail pratique sur les bases d’un tel projet.
Tags: institutions, Municipales







22 mars 2008 à 20:18
je réagis très positivement à votre initiative et vos propos notamment sur une action offensive pour l’autogestion et pour occuper et développer les espaces de démocratie directe…
ici à Missillac, dans le 44, proche de la Roche bernard, nous avons mené campagne avec une gauche unie et beaucoup de sans parti : nous avons réalisé 37,7% et avons maintenant 5 élus. Je vous invite à venir sur notre site bien sûr !
Nous créons une association issue de notre liste pour ne pas perdre notre dynamique et surtout parce que nous voulons un changement radical. Ce désir là est encore pluriel et heureusement différent selon les personnes… mais la volonté est vivace de voir une cohérence d’actions naître.
Personnellement je me tiendrai au fait de vos actions et de celles de Loire Atlantique…
fraternellement
24 mars 2008 à 13:59
Bravo, très beau score et bonne initiative (l’association).
Par contre, pour le site, tu peux nous le communiquer, si tu veux un lien.
26 mars 2008 à 16:15
merci franck !
je pensais l’avoir laissé dans l’onglet site web : je le donne ici ! deux fois vaut mieux qu’une !
http://www.missillac-solidaire.com
Ce soir nous réunissons l’assemblée constitutive de l’association de soutien aux élus certes mais davantage vouée à la prospection, l’information, la mobilisation … ici comme dans beaucoup de villes nous attend un dossier très lourd : Veolia et l’assainissement des eaux.
Que les visiteurs de votre site viennent nous lire et n’hésitent pas à apporter leurs critiques et leurs suggestions.
26 mars 2008 à 16:38
Bon courage pour vos futures initiatives.
Voici un autre point de vue sur les municipales: ici: http://portail-communiste.org/spip.php?article116
Fraternellement
Cyril